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Mercredi 23 mars, le conseil de la métropole s'est réuni pour délibérer sur le coup d'envoi opérationnel du contournement Est. Le président Sanchez a défendu le projet avec le soutien d'une grande partie de sa sensibilité politique, de la droite. Aucune interrogation sur la politique des transports dans ce pays qui aboutit à la liquidation du ferroviaire pour les marchandise mais également le transport des voyageurs. Et encore moins sur le déménagement industriel du territoire, le flux tendu et stock "zéro" de la production capitaliste! Déréglementation et détarification aboutissent à toujours plus de camions sur les routes, toujours plus de bus "Macron". L'intervention de Mad la députée maire de Sotteville était très significative: pas un mot sur le triage de Sotteville moribond, rien sur l'écotaxe abandonnée qui devait financer les infrastructures alternatives à la route, rien !  Sauf à dire qu'elle ne veut plus voir les camions à Sotteville mais ailleurs!  Et défendre la position "écologiste" du gouvernement ! Bertrand Bellanger de la droite a salué le projet au nom du grand patronat (pardon, les acteurs économiques).  

Nous vous redonnons l'intervention d'Hubert Wulfranc, conseiller départemental et maire de Saint Etienne du Rouvray. La mobilisation citoyenne reste nécessaire pour une infrastructure, dont l'évidence reste à prouver depuis 40 ans. Pendant que ces lignes sont écrites, encore 12 morts sur les routes françaises cette nuit!   

Mesdames, Messieurs, Chers collègues, notre assemblée est invitée à approuver une charte pour la valorisation réciproque de l’infrastructure du contournement est de Rouen et des territoires qu’il concernerait. Notre groupe votera contre cette délibération.

En premier lieu, cette charte traduit et renouvelle l’accord des exécutifs politiques nationaux et locaux sur le projet dont plusieurs élus, associations, forces vives du territoire conteste la réalité telle qu’elle nous est promise.

Pour notre part nous y voyons : une infrastructure coûteuse pour les fonds publics et les usagers car concédé, et archaïque car s’exonérant des enjeux de développement durable appréciés à l’échelle de l’ensemble du territoire considéré et de chacune de ces entités spécifiques.

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Ces exécutifs politiques nationaux et locaux ont en effet acté le principe d’un ouvrage concédé : un ouvrage dont le coût financier outre qu’il reste très incertain 1 milliard, 1.2 milliards, plus ou beaucoup plus n’offre qu’une seule garantie : celle dont disposerait le concessionnaire d’un engagement rentable et profitable alimenté par le tarif payant de ce tronçon, bien sûr non fixée à ce jour, et réalimenté si besoin était du fait des incertitudes de son utilisation, par des subventions d’équilibre d’exploitations versées par les collectivités locales dont la nôtre.  

En résumé, usagers et contribuables seraient les payeurs qu’ils soient Rouennais, Elbeuviens, Grand-Quevillais, Sottevillais, Darnetalais…. Payeurs mais sans qu’aucune capacité d’emplois ne soient valorisé bien au contraire puisque le désert industriel qui continue de s’instaurer dans les bassins économiques historiques de notre agglomération et dont le plan propre à la société SCA tissue France c’est-à-dire l’ancienne SODIPAN qui vient de tomber hier s’ajoute et un secteur auxquels certains promettaient encore il y a quelques années des jours meilleurs avec le développement de nouvelles filières industrielles productives fortement potentiel d’emploi et à forte valeur ajoutée telle la chimie biosourcée, ont fondu comme neige au soleil à la mesure des fonciers de Seine Sud par exemple stérilisé par le projet.

triage

Cela pour ouvrir droit au tout routier propre à la logistique uni modale car derrière les mots, il y a la réalité d’un abandon organisé des circulations ferroviaire et fluviale de fret, vampirisées chaque jour davantage par les files de camions,  et nous aurons l’occasion en tant qu’élus Communiste et Front de Gauche d’y revenir dans le cadre de la conférence de presse que donnera Thierry Foucaud prochainement.

Donc, payeurs et davantage pollués car les conséquences d’un tel bouleversement sur les personnes et les milieux naturels ne sont absolument pas maîtrisés.

Situation sanitaire des populations, préservation des ressources en eau et état de l’air, à l’échelle de la grande cuvette rouennaise, particulièrement fragile interpellent directement ce dossier sachant que les flux, les réseaux interagissent à grande échelle et ces enjeux ne tolèrent pas d’approximation.

En résumé, cette charte est une déclaration d’intention, pavée de bonnes intentions qui déroule le tapis rouge politique à un projet d’enfer. Elle est bien évidemment déjà disqualifiée par l’avis de l’Autorité  environnementale rendu le 2 février dernier.

Cet avis, vous le savez, ne porte pas sur l’opportunité du projet, il n’est donc ni favorable, ni défavorable au projet. Il est mis à disposition du maître d’ouvrage, l’Etat, du concessionnaire - l’illustre inconnu-, et du public. Il doit être pris en compte ! C’est dire si tout un chacun lui accordera un certain crédit et cela à moins de 3 mois de l’ouverture de l’enquête publique. Si ce rapport ne peut et ne doit prendre parti, les mots qu’il contient ont un sens !

Ainsi, voilà quelques-uns seulement des « avis » de l’Autorité  environnementale dans son rapport de 31 pages.

  • Les gains attendus en termes de reports de trafics routiers dépendront avant tout des éléments déterminant que constituera le gain de temps, le montant des péages pas connus à ce jour et les restrictions aux poids lourds en transit.
  • L’absence de précision du montant des péages et celle du niveau attendu de la subvention d’équilibre versée au concessionnaire ne permet aucune évaluation solide du coût total du projet qui sera financé sur fonds publics, dont une partie par les collectivités locales.
  • Des variantes positionnant le raccordement de l’autoroute A13 sur des secteurs dont l’impact était bien plus faible, notamment sur les milieux naturels, ont été écartées sans justification.
  • Les délestages de trafic prévus par l’étude d’impact ne sont pas susceptibles de libérer à eux seuls des voies de circulation supplémentaires à consacrer à d’autres modes de transports, notamment aux transports en commun et des « modes doux ».
  • Le maître d’ouvrage, en lien avec les collectivités locales concernées, devra préciser très concrètement les dispositions envisagées pour accroître la part du transport collectif sur les voies potentiellement déchargées par le projet, notamment le Boulevard industriel.
  • Le maître d’ouvrage, en matière d’impact paysager, devra fournir des vues ou animations du projet construites à partir d’un outil 3D pour permettre au public d’appréhender les dimensions des ouvrages et notamment le viaduc sur la Seine à Oissel, long d’environ 1 170m qui franchira la différence d’altitude (60m environ) entre Oissel et le plateau avec des terrassements qui impacteront la topologie de la commune.
  • En matière de risques sanitaire, la bonne protection des captages de la Chapelle alimentant en eau potable l’agglomération rouennaise et la concentration en particules fines au rond point des vaches, en entrée d’Oissel sur Seine, sera la plus critique, dépassant les valeurs limites admissibles de concentration dans l’air.
  • Les résultats des simulations des concentrations de dioxyde d’azote en bordure de voie, sources de cancers, n’ont pas été communiquées, sauf notamment au rond point des vaches où des concentrations annuelles moyennes seront supérieures à 20 microgrammes par m3.
  • Le projet générerait des nuisances sonores importantes sur certains secteurs où la circulation augmentera et aucune mesure de réduction de ces dernières années n’est prévue.

Le groupe communiste et républicain/ Front de gauche, les autres forces politiques critiques envers le projet, des élus indépendamment de leur couleur politique, n’ont pas besoin d’explication de texte, ni de force pédagogique pour voir dans cet avis, la confirmation d’un projet inavouable : un projet qui livre nos populations et notre territoire à une logique d’aménagement de compétitivité en ouvrant la porte à une rentabilité accrue pour certains lobbys patronaux, et ce, sur le dos des habitants, usagers, contribuables, salariés et citoyens.

Ce projet n’est qu’un avatar d’une très longue volonté politique, ouverte à Droite et initiée par M. Lecanuet, de sauvegarder l’hyper centre de la belle endormie des désagréments de l’activité économique. La bourgeoisie sait préserver et optimiser ses intérêts.

Mais, soyez certains que comme à Tchernobyl, le nuage de pollution ne saura s’arrêter aux frontières des communes impactées. Et sachez que nous entrons avec un certain nombre de collègues dans un processus politique qui va effectivement remettre en cause sur le terrain cette infrastructure d’un autre âge.