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Samedi 7 octobre, Monsieur le Maire de Grand-Quevilly Marc Massion, Didier Béranger adjoint au maire communiste, Pierre Jouvin, fils de Louis et Yvonne, ancien combattant, porte parole de la mémoire du maquis de Barneville, Philippe Jouvin, repésentant la famille dévoilaient la plaque commémorant l'action de celui qui fut syndicaliste, combattant et résistant, déporté puis maire de 1945 à 1947. 

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Cette cérémonie s'est déroulée en présence du député communiste de Seine-Maritime Hubert Wulfranc, de Nicolas Rouly conseiller départemental, de Patrice Dupray maire de Grand-Couronne, Joachim Moyse maire de St Etienne du Rouvray, de nombreux élus municipaux de Grand-Quevilly, de la famille, des amis et camarades, de riverains. Tiphaine Berthelot, adjointe au maire de Petit-Quevilly représentait la fédération PCF de Seine-Maritime. Marc Massion dans une allocution sobre a rappelé qui était Louis Jouvin, le sens de l'hommage républicain qui lui est rendu aujourd'hui, la nécessité de faire mémoire dans le monde présent, de mettre en lumière les citoyens qui font l'Histoire.

Cela fait écho à la lecture théâtralisée, autour du livre d'Edwy Plénel "Voyage en terres d'espoir" , présentée samedi 30 septembre à Petit-Quevilly et le débat qui s'en est suivi. Lors de la fête de l'Humanité régionale qui se déroulera les 25 et 26 novembre au parc expo de Grand-Quevilly, le dialogue entre Louis et Yvonne Jouvin sera à nouveau présenté suscitant beaucoup d'émotions pour ces femmes et ces hommes à qui l'on doit notre liberté mais aussi notre système social aujourd'hui gravement attaqué.

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Précédent le discours du maire, la petite fille de Louis Jouvin a tracé la vie et l'action de ses grands parents. Nous vous en donnons le texte intégral.

Monsieur le Député, Messieurs les Maires, Mesdames et Messieurs les Elus, Chers camarades, Mesdames, Messieurs, notre grand-père Louis Jouvin a traversé des épreuves incroyables auxquelles rien ne l'avait préparé. Sorti à 11 ans de l'école primaire pour devenir petit couvreur, il a vite connu l'exploitation et les conditions de vie difficiles du monde ouvrier. Mais jamais il ne s'est résigné à subir l'humiliation. Il adhère au Parti Communiste en 1934.

Rappelé sous les drapeaux en septembre 1939, il fait partie des troupes françaises acculées sur les places de Dunkerque en juin 1940. Il réussit à gagner, à la nage, un navire anglais qui dépose les rescapés à Margate. Quelques jours plus tard il est redirigé sur Bordeaux et Nîmes pour y reprendre le combat, mais l'armistice est signé et il rejoint son foyer à Grand-Quevilly.

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Louis Jouvin n'accepte pas la dictature mise en place par le régime de Vichy. Sa femme Yvonne et lui entrent en résistance active dès la fin 1940 :

  • distribution de tracts à la porte des usines,
  • agitation dans les files d'attente, pour obtenir du pain;
  • le 19 octobre 1941 Louis fait partie de l'équipe de Francs-Tireurs et Partisans montée par André Duroméa et Michel Muzard (instituteur à l'école Salengro) qui fait dérailler un train Allemand entre Rouen et Pavilly. En tant qu'agent des lignes aux PTT, il a été chargé de couper les liaisons téléphoniques pour retarder l'arrivée des Allemands sur le site. (NDLR: lire le livre récemment paru 1943, le maquis de Barneville écrit par l'historien Michel Croguennec et paru aux Editions l'écho des vagues)

L'opération est un succès qui déclenche de dures représailles : les Allemands exigent l'arrestation de 150 otages communistes (ou présumés tels), syndicalistes ou opposants au régime. La police française se charge de l'opération, dans la nuit du 21 au 22 octobre 1941.

A Grand-Quevilly, 13 opposants à l'occupation Allemande sont arrêtés. Une rue de la commune, la rue des Martyrs de la Résistance, ainsi qu’une plaque commémorative, rappelle leur nom aux passants. Nous pouvons aujourd'hui et ici même, rappeler le nom de ces Quevillais, qui ont donné leur vie pour que nous soyons libres: Charles Bachelet, Michel Bouchard, Louis Briand, Albert Chevallier, Maurice Guillot, Marcel Le Dret, Adrien Fontaine, Maurice Mouchard, Léopold Jeantet, dit Nadaud, Jean Valentin, Maurice Voranger, Louis Jouvin. Louis Demarest, déporté et assassiné à Auschwitz, ne figure pas sur la plaque, mais cet oubli sera réparé, une demande est en cours auprès du Département. Louis Blantron, Maurice Nail et Charles Tailpied, déportés plus tard, figurent également sur cette plaque, portant à au moins 16 le nombre des victimes de déportation sur la commune de Grand-Quevilly. Ainsi, le 7 juillet 1942, ce sont 11 Grand-Quevillais qui arrivent à Auschwitz, dans le convoi de prisonniers politiques dit des « 45000 ». Seuls deux d'entre eux vont survivre aux coups, à la famine et aux assassinats : Adrien Fontaine et Louis Jouvin.

Louis est libéré à Dachau le 28 avril 1945 et rapatrié en France le 13 mai. Il a le typhus et ne pèse plus que 35 kg. A l'extrême limite de ses forces, il est hospitalisé à l'Hospice Général, actuel hôpital Ch. Nicolle. Le Parti Communiste les a néanmoins présentés aux élections municipales d'avril 1945,  Adrien Fontaine et lui, et ils ont été élus, alors même qu'ils n'étaient pas encore rapatriés des camps.

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Lors de l'élection du maire par le 1er conseil municipal du 19 mai 1945, tous deux sont absents, excusés. Louis Jouvin est élu au premier tour et proclamé Maire de Grand-Quevilly. Mais il ne pourra présider son premier conseil que le 27 juillet 1945. Sa courte mandature s'est déroulée dans le contexte difficile de l'immédiat après-guerre : pénurie de charbon, d'essence, de bois, de nourriture. Les troupes d'occupation ont laissé les bâtiments publics dans un état lamentable : l'école Pasteur est à reconstruire, le stade a été vandalisé, il faut créer un dispensaire. Mais la commune est pauvre, et les caisses désespérément vides. M. Boré, conseiller municipal, espère pouvoir servir de la viande au moins une fois par semaine aux personnes âgées inscrites aux repas d'entr'aide. Paulette Lacour, résistante, soeur d'Albert Lacour qui fut abattu dans la grotte de Barneville et élue au conseil municipal cherche des espadrilles, des galoches et des blouses pour les enfants.

En dépit des restrictions, la municipalité parvient à faire partir les enfants en colonie de vacances à Bois-Guillaume pendant l'été 45. Puis elle trouve une solution pérenne et achète, pour 2 millions de francs, couverts par un emprunt, une colonie de vacances « prête à l'emploi » à Gouville-sur-mer, dans la Manche. Les enfants peuvent partir dès l'été 46: les filles en août, les garçons en septembre. Dans l'urgence, Paulette Lacour doit faire l'avance d'une partie des frais de fonctionnement et se faire rembourser par la suite. Cette réalisation, lancée sans moyens, fait la fierté de Louis Jouvin. Elle symbolise l'espoir mis dans la jeunesse pour une société plus égalitaire. La colonie de Gouville fonctionnera jusqu'à l'été 1957, et sera ensuite remplacée par celle de Soulac-sur-Mer.

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Les élections municipales du 22/10/1947 sont défavorables à Louis Jouvin : Tony Larue le devance de 4 voix. Il est élu maire de Grand-Quevilly, Louis Jouvin devient conseiller municipal. Il le restera jusqu'en 1959.

Le 23  juin 2017, le Conseil Municipal de Grand-Quevilly, réuni sous la présidence de M. Marc Massion, a accepté de donner le nom de notre grand-père à un espace situé sur le territoire communal. Nous tenons à remercier le groupe communiste d'avoir porté cette demande chère à notre famille, et la municipalité d'avoir consenti à y donner suite. Plus de 70 ans après les évènements et 22 ans après le décès de Louis Jouvin et celui de Tony Larue, une page se referme. Mais l'histoire de la ville de Grand-Quevilly continue, au-delà de celle de ses édiles, dans le souci, partagé par tous, du bien-être de ses habitants et des valeurs républicaines. Ces remerciements sont exprimés au nom des familles en descendance directe de Louis et Yvonne Jouvin, Je vous remercie de votre attention. (photos de Philippe Jouvin et André Delestre)