-8932113327984126696Le conseil municipal de Petit-Quevilly s'est réuni ce mardi 15 octobre. Près de 40 délibérations ont été votées qui tracent la vie quotidienne de nos habitants: tarifs des services, effectifs du personnel communal, soutien aux associations de solidarité, politique culturelle autour du CDN et de manifestations comme "Chants d'Elles", rénovation des écoles et bâtiments publics, reconstruction des écoles St Just et Triolet, maîtrise publique du foncier, soutien à la construction de logement, aménagement urbain dans le quartier de la mairie ou avenue Jean Jaurès... Mais bien sûr, Lubrizol reste notre actualité malheureuse.

D'entrée, la maire Charlotte Goujon est revenu sur les actions engagées en soulignant les dysfonctionnements en matière d'alerte, les messages contradictoires du préfet pilote de la protection civile, le courage des services de sécurité, le silence coupable des dirigeants de Lubrizol, les mesures prises pour défendre les intérêts des quevillais-es, son engagement et celle des élus et services de la ville. Enfin, elle a rappelé le dépôt de plainte contre X et les motivations argumentées. Puis elle a passé la parole aux groupes représentés.

Le porte parole du FhaiNe, pardon le rassemblement national, mais ce n'est " qu'un détail " pour tenter de masquer leur filiation aux heures les plus noires de notre pays, alors qu'il avait la parole, n'avait rien à dire. Montrant une fois encore son indigence à prétendre défendre nos habitants.

Pascal Rigaud s'est fendu, sur le role des services de l'Etat, d'une diatribe à charge. Et est revenu sur les fondamentaux du parti EELV en matière d'écologie, en particulier sur la cohabitation entre les usines et l'habitat avec cette formule simpliste pour conclusion, à destination de Lubrizol, "les 3 P, Protéger, Payer et Partir".

2G8B5950Tiphaine Berthelot, pour les groupe des élus communistes et républicains a développé sur les déréglementations en cours, aussi bien sur les normes environnementales que sociales avec la remise en cause des CHSCT, du code du travail et de la représentation des salariés. Voici, ci-dessous, l'intégralité de son intervention. 

Alors que Lubrizol se trouve en grande partie sur la commune de Petit-Quevilly ainsi qu'un tiers de la superficie du futur quartier Flaubert, alors que les riverains de l'usine sont tous des quevillais, nous avons noté l'absence de couverture médiatique de ce conseil. C'est un révélateur des inégalités territoriales et sociales qui perdurent sur ce territoire.

Dans l'assistance, le staff du parti "macroniste" quevillais était présent dans une ambiguïté politique qu'il s'agira d'expliquer à nos citoyens. Macron et Philippe, ce n'est pas social, et certainement pas écologique. Surtout après la loi ESSOL de 2018, la décision du préfet concernant le stockage des produits sur Lubrizol et le défilé de ministres sur fond de catastrophe plutôt "diseux" que "faiseux". 

Dans l'assistance, la présence de jeunes habitants-es nous rassure sur le regain d'intéret pour la chose publique, le Bien Commun.   

Nous vivons encore et nous allons vivre longtemps avec cette catastrophe industrielle, technologique, sanitaire, politique et démocratique liée à l’incendie du stockage d’hydrocarbures et de centaines de produits de l’usine Lubrizol et du site voisin de Normandie Logistique.

Outre ses explosions, son nuage de fumée toxique et la forte pollution de l’air ressentie, par les habitants bien au-delà de notre agglomération, cette catastrophe continue d’inquiéter et mobiliser nos concitoyens.

L’incendie n’a heureusement fait aucune victime parmi les salariés du site et les riverains ; il a pu être circonscrit grâce au professionnalisme et aux moyens mis en œuvre par les sapeurs-pompiers du service public départemental d’incendie. S’il y a unanimité aujourd’hui à saluer leur héroïsme et leur efficacité ; c’est dans ces moments qu’il n’est pas inutile de rappeler aux pourfendeurs de l’impôt et du Trésor public, aux défenseurs de l’austérité libérale, aux fossoyeurs du service public, à quel point il est indispensable de défendre ces corporations qui œuvrent pour le bien commun au service de l’État et de ses collectivités. Nous pouvons d’ailleurs rappeler les nombreuses actions de ces fonctionnaires (pompiers, personnels de santé, policiers, inspecteurs de la DREAL et du travail, …) qui réclament des moyens pour faire correctement leur travail.

Cet accident nous rappelle que le risque technologique lié à notre industrie est présent  dans nos villes. Il nous impose de renforcer les moyens afin de faire coexister production industrielle, sécurité des populations et préservation de l’environnement.

L’incendie que nous venons de vivre réinterroge la cohabitation entre des sites de production notamment chimique nécessaires à notre industrie, leurs proximités des zones denses urbaines et les exigences incontournables d’une véritable sûreté pour l’environnement et la population. L’axe Seine a connu une forte industrialisation depuis l’après-guerre, l’exemple de Rouen en est l’illustration. Il a apporté richesse et prospérité.

Au moment où notre agglomération vit cette catastrophe, nous étions en pleine concrétisation du PLUI avec des avertissements nombreux que nous avons formulés au sujet de la problématique de cette pression foncière périurbaine, y compris sur les terres agricoles dont nous avons besoin pour produire localement, sur les espaces forestiers dont nous avons besoin pour lutter contre le réchauffement climatique. Le pseudo-contournement Est doit résonner avec l’accident de Lubrizol et notamment avec les inquiétudes qui pèsent sur la qualité de l’eau puisque ce sont 300 000 hbts qui verraient leur captage en eau menacé par un accident de poids lourds sur la zone traversée. Notre réseau de voies ferrées doit être entretenu et exploité à plein et non démantelé comme c’est le cas depuis plusieurs années.

Les élu.e.s PCF/ Front de Gauche de la Métropole étaient réticents face au projet urbain nommé ecoquartier Flaubert dont 1/3 se trouve sur Petit-Quevilly. De plus, le reformatage de Petit-Quevilly village pour réhabiliter les friches industrielles (Bitumatic, Cofrafer, la Bordelaise etc…) nous oblige à réfléchir à une cohabitation sereine entre les différentes activités humaines générées tout au long de la Seine. Cela impose de veiller à la stricte application des mesures de maîtrise de l’urbanisation au travers des plans de prévention des risques technologiques (PPRT) et de renforcer les contrôles officiels et citoyens de la mise en œuvre réelle par les industriels des mesures techniques et réglementaires concernant la sécurité des sites. Car avec la qualité de l’air, et notre cadre de vie on ne transige pas !

Cela passe également par un élargissement des pouvoirs des organisations syndicales de salariés au sein des commissions d’hygiène, sécurité et conditions de travail dits CHSCT. Alors que les gouvernements successifs cassent les droits des salariés et développent la sous-traitance, ils génèrent ainsi précarité et affaiblissement de la chaine de sécurité.

A l’heure où pour beaucoup, la reprise de l’activité de Lubrizol est impensable, l’emploi industriel ne doit pas être négligé ; surtout quand la volonté de développer la production locale gagne enfin l’opinion publique dans le contexte de prise de conscience environnementale. Délocaliser nos productions industrielles ailleurs ne résout pas les problèmes. S’interroger sur l’avenir des industries et en particulier des sites Seveso pose la question d’un autre modèle de production et de consommation, d’un autre système !

Sur la dimension sanitaire liée aux produits brûlés, je fais confiance aux spécialistes dont c’est le métier.

En introduction je parlais d’une catastrophe politique et démocratique !

Si nous avons pu constater l’efficience des services de notre commune et celle de la Métropole qui ont été d’une aide précieuse dans cette gestion de crise, beaucoup de questions demeurent et mobilisent nos concitoyens ! Des réponses à leurs demandes d’informations sont nécessaires.

Les enquêtes qui s’ouvrent doivent répondre aux inquiétudes des habitants et apporter tous les éléments sur les causes de cet accident et ses conséquences en terme sanitaire et écologique pour les populations et territoires impactés. Une transparence totale s’impose sous la responsabilité du Préfet et des services de l’Etat ainsi que la direction de l’entreprise afin de fournir aux habitants, associations, syndicats de salariés et élu.e.s des communes toutes les informations et notamment les résultats des analyses toxicologiques effectuées pendant l’incendie et durant la période à venir.

La question de la qualité revient de l’eau revient chaque jour dans la bouche de nos habitants. Il faut pouvoir y répondre de façon fiable. C’est le sens de la démarche des maires de St Etienne du Rouvray, Oissel, Gd Couronne et Tourville la Rivière qui ont adressé au Président de la Métropole un courrier demandant que des analyses complémentaires soient réalisées. Celui-ci aurait vraisemblablement donné son accord.

Pour connaitre, enfin, les éléments contenus dans les cuves de Lubrizol et les volumes stockés, il aura fallu la forte mobilisation de nos concitoyens (la présence plus nombreuse que de coutume à ce conseil l’illustre bien !). Une mobilisation citoyenne, syndicale, associative, politique qui, tous ensemble s’inquiète pour l’avenir.

 

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Afin de poursuivre cette mobilisation,  je vous invite à venir débattre ce samedi à Astrolabe, à partir de 14h, de la crise écologique que nous vivons autour de Gérard Le Puill, journaliste spécialiste de l’écologie, Hubert Wulfranc, député de notre circonscription et David Cormand, député européen et autres représentants associatifs, syndicaux …

Petit Quevilly riveraine de l’usine, a été oublié pendant de trop nombreuses heures de la préfecture et des services de l’Etat mais a su réagir avec ses ressources, techniciens et élus se mobilisant pour répondre aux populations.

Ainsi nous l’avions souhaité, la ville de Petit-Quevilly a porté plainte pour avoir accès aux dossiers et obtenir les dommages et intérêts pour les préjudices commis, y compris le préjudice moral pour l’anxiété générée et subie par nos habitants.

La mise en œuvre du dispositif de prévention, notamment l’information du public et l’organisation du dispositif, devra être évalué afin d’en mesurer l’efficacité afin de remédier sans délais aux dysfonctionnements constatés. Nous sommes trop nombreux, citoyens, élus, associations et collectifs, à ne toujours pas comprendre les nombreux couacs du jour J et des jours suivants (avec le sujet notamment de la réouverture de sites publics comme les écoles, d’entreprises dans les secteurs touchés, des exploitations agricoles gelées … ou pas, etc.).

De ce fait, si l’incendie de Lubrizol est une catastrophe écologique et sanitaire majeure, il a catalysé également trop d’inquiétudes parmi nous. Des  colères légitimes se sont exprimées face à la mauvaise gestion de crise de la Préfecture. Dans l’immédiat, un suivi sanitaire des habitants et salariés, s’impose avec une transparence totale sous le contrôle d’une autorité indépendante.

L’Etat doit surtout contraindre, y compris judiciairement, les dirigeants de Lubrizol et Normandie Logistic à assumer la réparation financière à la hauteur des préjudices subis. Tout comme le gouvernement doit revenir sur sa décision de supprimer les CHSCT au sein des entreprises, et d’alléger les normes, comme cette loi scélérate ESOLL de 2018 pour les sites industriels, fragilisant la sécurité sur les sites et augmentant les risques comme nous venons de la subir

Aucune mesure d’économie ou de déréglementation sur les exigences de sûreté d’une usine Seveso ne sont justifiables.

Tirer tous les enseignements pour prévenir à l’avenir un accident de cette ampleur au cœur de notre Métropole, supposera évidemment aussi de réinterroger notre aménagement urbain, notre système productiviste et les politiques austéritaires imposées par les libéraux.