Dimanche soir, le républicanisme a une nouvelle fois barré la route au nationalisme autoritaire. Moins nettement qu’en d’autres occasions et sans enthousiasme pour le projet de M. Macron. Nous nous réjouissons sans réserve d’avoir repoussé l’extrême droite aux lisières du pouvoir, mais ce soulagement dit exactement la maladie chronique qui ronge notre société. Que l’extrême droite ne cesse de progresser jusqu’à rassembler plus de dix millions de suffrages montre l’étendue des fractures qui ébranlent la République. Que plus du quart des citoyens inscrits sur les listes électorales ne se soient pas déplacés et que quatre millions aient émis un vote blanc ou nul dit beaucoup de la défiance envers un projet peu clair, mélange de blairisme et d’accommodements, non pas avec l’Europe, mais avec des politiques européennes qui organisent la concurrence de tous contre tous. Que plus des deux tiers de celles et ceux qui ont choisi M. Macron aient préféré voter pour quelqu’un d’autre en dit long sur les conditions de cette campagne électorale et de cette élection. Cette constatation ne délégitime en rien l’élection du Président de la République qui, lui, n’a pas manqué de légitimer sa sinistre adversaire en lui adressant « son respect républicain ». Nous ne faisons que constater, avec beaucoup d’autres, la fragilité de son élection dans des circonstances si particulières. Dès le premier tour, M. Macron a bénéficié de voix de citoyens refusant à tout prix un duel Fillon/Le Pen. Au second tour, il était juste et indispensable de barrer la route au parti de la haine, du racisme de la xénophobie, du nationalisme populiste. Le nouveau locataire de l’Elysée ne peut transformer ces votes de « barrage » en adhésion. S’il le faisait en amplifiant les politiques mises en œuvre ces dernières années, il aggraverait encore la crise politique.

Le débat et les actions pour faire reculer ce poison populiste de droite doivent donc redoubler. Son assèchement passe par un nouvelle politique faisant reculer le chômage, la précarité, la misère. Sa banalisation organisée est une grave faute, un couteau lancé dans le visage de La République de la part de celles et ceux qui l’organisent. Nous mettons en garde contre la tentative d’en faire l’opposante privilégiée au nouveau Président pour mieux faire accepter des choix contraires aux intérêts populaires et nationaux. S’enfermer dans une telle mécanique étoufferait la démocratie et aurait pour terrible conséquence de donner toujours plus de force au parti d’extrême droite qui, en changeant à nouveau sa tenue de camouflage, dit sa ferme volonté de conquérir le pouvoir d’Etat.

De ce point de vue, il n’est pas vrai qu’on puisse être à la fois de gauche et de droite. Il serait suicidaire d’enfermer le débat public dans des oppositions sans contenu entre « mondialisation » et « nationalisme » ou « partisans et adversaires de l’Europe » sans jamais parler des contenus politiques, économiques, sociaux, écologiques, culturels, sans jamais dire quels intérêts on sert !

La question de l’alternative politique sociale, démocratique et environnementale reste à l’ordre du jour. L’élection de la nouvelle Assemblée nationale est une occasion de la poser et même de l’installer. Une autre majorité de gauche pourrait, grâce à une unité des forces qui ont soutenu et mené campagne pour Jean Luc Mélenchon, lui donner un indispensable élan. Ce courant large, populaire et divers, porteur d’aspirations neuves, a des services à rendre aux travailleurs, aux créateurs, à la jeunesse de notre pays. Il s’agit de construire une majorité pour empêcher de nouveaux coups de canif au droit du travail, au droit à la retraite, l’amorce d’une privatisation de la protection sociale, l’augmentation de la Contribution Sociale Généralisé, de nouvelles réductions de crédits publics et la suppression de plus de 120 000 agents des services publics ou encore l’application de décisions antisociales sans vote du Parlement durant l’été.

Empêcher tout cela serait déjà beaucoup mais l’ambition progressiste ne saurait s’en tenir là. C’est, en même temps, un projet de changement profond de la situation actuelle qu’il convient de porter, pour une dynamique nationale en faveur de votes « pour », dans chaque circonscription. Faire du neuf consisterait à partager les richesses en faveur de l’amélioration de la vie quotidienne et du bien commun, à donner une puissante impulsion écologique, à faire vivre un renouveau de la démocratie, à la promotion de la création, de la culture et de l’éducation, à une France active pour la paix, le désarmement et la coopération, rejetant les traités de libre échanges antisociaux et anti-environnementaux.

Les élections législatives sont à portée d’entente et d’unité, comme le souhaitent ardemment les 7 millions de femmes, d’hommes, de jeunes qui ont fait irruption sur la scène politique le 23 avril dernier. Ils n’entendent pas en rester là et disparaître comme un météore. Que les forces qui ont contribué au résultat de la candidature de Jean-Luc Mélenchon se retrouvent avec la seule ambition de répondre à cette attente populaire, en désignant, dans chaque circonscription, la candidate, le candidat le mieux à même d’incarner l’espoir commun et de l’emporter. Si toutes ces forces, et d’autres encore, le veulent, elles le pourront.