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Alors que le président de la Métropole a inauguré la nouvelle scénographie XXL du Panorama autour de la grande barrière de corail menacée par le réchauffement climatique, nous y avons entendu un message écologique qui devrait engager fortement les décideurs de notre territoire. Nos consciences de citoyen du monde nous invitent à réorienter nos économies carbonées, en particulier le transport, premier émetteur de CO2. Et nous interpelle sur ce contournement Est aux spirales écologique et financière dangereuses. Rappelons que l'accés à l'exposition, oeuvre de l' artiste Asisi, avec la Matmut comme partenaire, est gratuite pendant le week-end. 

Nous vous proposons à votre réflexion, l'édito de Patrick Le Hyaric, directeur du journal au beau nom, l'Humanité, dont la fête se déroule à la Courneuve.

Source: Flickr

Nous sommes à court de mots et de qualificatifs face au paysage d’apocalypse que laisse derrière lui le cyclone Irma. Nos pensées vont évidemment aux familles qui ont perdu l’un des leurs, aux blessés. L’urgence est bien sûr d’apporter la solidarité aux populations qui ont souvent tout perdu dans l’incroyable souffle de l’ouragan. La fête de l’Humanité, en partenariat avec le Secours Populaire, sera un moment important de cette indispensable solidarité en actes.

Un cyclone ne trie pas, ne s’arrête pas aux délimitations des pays. Il se joue des hommes, de leurs frontières et de leurs disputes. Il avale et dévale, pousse et repousse tout sur son passage ne laissant derrière lui que désolation et dénuement. Ce type de phénomène indique l’urgence de nouvelles solutions opposées au type de développement qui stimule ces monstres naturels.

Toute la planète subit désormais des catastrophes historiques qu’amplifie sans cesse le réchauffement climatique : d’immenses incendies sur tous les continents, des sécheresses, de meurtrières coulées de boue en Afrique occidentale, des pluies torrentielles au Népal et en Inde, des moussons qui ont touché des dizaines de millions de personnes en Asie du sud, des éboulements de terrains provoqués par le dégel du permafrost, et aujourd’hui, ces ouragans des Caraïbes aux États-Unis…

La fréquence de ces catastrophes a doublé ces derniers temps, avec des destructions aux coûts astronomiques. Notre planète entre dans une nouvelle phase inquiétante et les scientifiques sonnent l’alerte. Pour eux, si rien ne change, le pire est à venir. Comment maintenir la stabilité du monde avec une atmosphère et des mers réchauffées de trois degrés, alors qu’au niveau actuel, les difficultés sont déjà énormes ?

Or, ces ouragans qui se suivent percutent d’autres actualités qu’il nous faut mettre en lien. Ainsi, la présentation du projet de loi de M. Hulot sur la réduction de l’exploitation des hydrocarbures, s’il marque un sérieux pas en avant, comporte plusieurs ambiguïtés notamment sur les permis d’exploitation en cours et la fracturation hydraulique. Il en est de même de la découverte d’une fraude des moteurs diesel chez PSA, après Volkswagen, comme de la poursuite de l’adoption du traité de libre échange avec le Canada. Ce dernier contient pourtant tous les ingrédients pour martyriser plus encore la planète. Il ne prévoit rien contre le commerce des énergies fossiles et la hausse des émissions de gaz carbonique induite par les transports internationaux aériens et maritimes. Il ne met aucune conditionnalité aux investissements notamment pour l’utilisation de technologies moins émettrices de carbone, ni aucune clause contre le changement climatique.

Que dire de sa pression sur les êtres humains placés dans une féroce guerre de tous contre tous ? Les concepts de compétitivité des économies, des entreprises, des États ; la recherche du plus fort dividende pour les détenteurs de capitaux sont à l’opposé des conditions qui permettraient de jeter les bases d’un monde commun des travailleurs et des citoyens. On ne peut désormais plus dissocier le combat pour le progrès social de celui pour le progrès environnemental. La condition humaine ne se disjoint pas de la nature. L’une et l’autre appellent à rompre avec le capitalisme financier mondialisé au profit d’une politique et d’une économie de développement durable.

Changer de modèle réclame de considérables efforts pour la recherche et la connaissance, la formation et l’association des travailleurs entre eux, des chercheurs, des créateurs, des étudiants pour porter un nouveau projet mondial social et écologique impulsé dans le cadre d’une éco-politique planétaire.

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Cela commande de changer les missions et les modes de délibération des institutions internationales, du Fonds Monétaire International à l’OCDE, de la Banque mondiale à la Banque centrale européenne. Les banques et entreprises qui jouent un rôle essentiel dans l’orientation des économies doivent devenir propriété publique et citoyenne. Le disque rayé susurrant que la puissance publique n’a pas à s’occuper des transports, de l’eau, de l’habitat ou de l’énergie, de la qualité alimentaire, des équilibres des territoires ou de la répartition de l’argent ne vise qu’à servir les intérêts immédiats des possédants. Il est vrai que ce sont ces mêmes firmes qui vont se présenter demain pour les reconstructions avec la ferme intention d’y accumuler encore des profits !

Une nouvelle internationale citoyenne et progressiste est bien à inventer, qui aiderait à unifier les travailleurs et les citoyens face aux mastodontes qui ont pris possession du monde et de nos vies. Il en sera fortement question au cours des trois jours de la fête de l’Humanité. Seul un essor sans précédent des libertés et de la démocratie donnerait aux populations les moyens d’agir et de se rassembler afin que l’Humanité existe, porteuse d’une civilisation assurant à chacune et chacun sur notre Terre une sécurité de vie dans l’harmonie et la paix. L’urgence est là ! Nous venons d’en sentir les terribles souffles.