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Une multitude de faits récents le démontre. Un intellectuel antifasciste, grand résistant, évadé du stalag, voix de La France Libre, proche du Général de Gaulle puis de Mendès-France est décédé la semaine dernière : M. Crémieux Brilhac. Aucune place pour lui rendre hommage, tant les ondes et les écrans sont surchargés (coïncidence ?) à valoriser l’ode de M. Le Pen à Pétain. Chose qu’il répète depuis au moins quarante ans. Mais la répétition de cette funeste pièce permet aujourd’hui de blanchir la façade du parti d’extrême droite à moindre frais.
Le 9 avril a été une importante journée de mobilisation syndicale unitaire avec des défilés rassemblant 300.000 personnes contre l’austérité et l’emploi. Celles et ceux qui n’auront pas lu L’Humanité n’auront rien su ni de sa préparation, ni des ses motifs et objectifs, et n’auront eu presque aucun compte rendu sur leurs postes de télévision et de radio. Les ondes étaient toutes occupées à raconter la saga de la famille Le Pen, où celles et ceux qui ont été les collaborateurs directs du grand père font aujourd’hui semblant de le désavouer avec véhémences et la larme à l’œil. Ainsi est lancé, avec la complicité du média-business, le dernier étage de l’opération madame propre afin de faire de la fille et du parti d’extrême droite raciste et antisocial, une force de la « droite normale ». Personne ne rappelle que, sur le même sujet, Le Pen–fille répondant à un journal Israélien qui lui demandait il y a trois ans si elle était prête à dénoncer le régime du maréchal Pétain répondit …. : « Absolument pas !… je me refuse à dire du mal de mon pays … ».

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Il n’est pas fortuit dans l’ambiance actuelle que les grands médias effacent une grève et des manifestations des radars pour promotionner une telle sale opération, mettant au défi, comme dans un mauvais feuilleton, la fille de tuer son père. Il a été décidé dans les petits bureaux d’officines du traficotage politicien de faire du Front National le centre de la vie politique en vue des élections présidentielles pour obtenir, qu’au nom du danger, soient absolument acceptés les actuels choix politiques de régression sociale et démocratique accélérés depuis 2002. Le système à désormais besoin de cette stratégie pour survivre. Il y a ceux qui veulent réhabiliter Pétain. Et il y a ceux qui, aux affaires, détruisent tous les conquêtes historiques du Conseil national de la Résistance. Elles sont économiques, sociales, démocratiques mais ont aussi à voir avec une certaine conception de la République et de La France ! Et l’effacement des mouvements sociaux du devant de la scène participe pleinement de l’entreprise visant à cacher l’ampleur de la crise sociale pour la dévoyer vers des questions « d’identité ». La même semaine, l’ancien Président de la République réunissait les conseillers départementaux de droite et leur demandait de violer la loi à propos de la distribution du revenu de solidarité active pour prétendument faire la chasse aux « assistés », c’est-à-dire aux pauvres.
La violence sociale est proportionnelle à l’euphorie des places boursières européennes depuis le début de l’année, avec des niveaux d’avant l’année 2008. Les profits et la distribution de dividendes aux actionnaires propriétaires reviennent au galop mais aucun salarié, aucun chômeur, aucun retraité n’a perçu le moindre frémissement d’un début de croissance dont parlent ministres et toujours les mêmes « savants spécialistes » occupant les ondes et les écrans. Bien au contraire ! 2150 salariés licenciés chez le transporteur Mory-Global à cause des folles exigences de rentabilité des propriétaires du groupe financier Caravelle Arcole et malgré des engagements gouvernementaux à maintenir l’activité, fermeture de 200 magasins du géant français de l’habillement « Vivarte » avec à la clé 1600 suppressions de postes au moment même où était versé un milliard d’euro aux actionnaires et trois millions au dirigeant de l’entreprise en remerciement de sa sale besogne, 400 emplois menacés dans le groupe textile HBI des marques DIM, Playtex , Wonderbra. On pourrait allonger cette liste noire à laquelle s’ajoutent toutes ces petites et moyennes entreprises en souffrance, victimes de l’austérité et de difficultés d’accès à un crédit peu cher.
Deux mondes se dessinent et se divisent. Deux mondes irréconciliables. Celui de l’économie réelle qui rassemble les producteurs de richesses que sont les millions de travailleurs, de salariés, de cadres et de dirigeants d’entreprises, indissociables du travail de création, de recherche, d’ingénierie, mais aussi de précarité , de chômage et de souffrance au labeur. Et il y a ce monde des rapaces de la finance qui n’ont que faire de l’intérêt du pays, des travailleurs et des citoyens, de l’environnement et de la création pourvu que l’argent circule en vase clôt d’évasion fiscale en paradis fiscaux, de bourses mondiales en fonds spéculatifs. Ceux-là préparent une nouvelle catastrophe financière qu’ils demanderont aux Etats, qu’ils ne cessent de honnir, de réparer.
Non seulement le gouvernement ne réclame aucun compte à ces gens, mais il vient de leur promettre 2,5 milliards d’euros supplémentaires soit disant pour stimuler l’investissement. Mine de rien, ceci peut se comprendre comme l’aveu silencieux de l’échec du prétendu « choc de compétitivité » transformé en cadeaux de 42 milliards d’euros aux grandes entreprises pour l’investissement et l’emploi. On ne voit nulle part ni investissement, ni emploi, exception faite de ceux qui résulteront des contrats de vente d’avions Rafale à l’Egypte et à L’Inde !
Il est temps d’imposer dans le débat public les enjeux qui ont trait à la vie quotidienne des millions de celles et ceux qui n’ont que leur travail ou leur retraite pour vivre. Leur pouvoir d’achat, la sécurisation de leur emploi et leur formation, la création d’emplois stables nouveaux, la transformation des emplois précaires en emplois durables et correctement rémunérés, l’investissement utile dans le cadre d’une nouvelle ré-industrialisation et des révolutions numériques et écologiques, l’aide aux collectivités territoriales, l’accès au crédit quasi gratuit pour les petites entreprise et les collectivités au moment où la Banque centrale européenne déverse des milliards d’euro d’argent gratuit dans les banques européennes. Tout cela constitue, à la fois, des réponses à des attentes largement partagées et des leviers pour une relance économiquement, socialement et écologiquement saine. A ce propos, il est temps de demander des comptes sur l’utilisation de l’argent de la Banque centrale européenne comme du pacte dit de responsabilité et de tous les cadeaux au grand patronat.
Voilà de bons sujets de débats publics qui pourraient trouver place sur les ondes et les écrans ! En attendant, il est plus qu’utile de faire lire l’Humanité et L’Humanité–Dimanche autour de soi !